Conseil de presse: Philippe Buisson donne le coup d'envoi

, par Club de la Presse de Bordeaux. Catégorie : Médias actu, Newsletter, Profession

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Ce mardi 11 juin, le Club recevait Philippe Buisson, secrétaire national aux médias du PS, porte-parole du Conseil Régional d’Aquitaine et maire de Libourne. Pendant près d’une heure, il a évoqué les sujets d’actualité : redistribution des aides à la presse, évolution du métier, révolution Internet, crise économique… Et nous a livré un scoop : en septembre, la ministre de la Culture devrait annoncer la création d’un conseil de la presse

Philippe Buisson a commencé par nous livrer son diagnostic sur la presse « papier ». Il y a la fois une crise structurelle (érosion continue du lectorat de la presse quotidienne, coût trop élevé de la distribution…) et une crise économique conjoncturelle. « Est-ce que le print va perdurer ? Sur la PQR (presse quotidienne régionale) et la presse magazine, j’en suis certain. Pour la PQN (presse quotidienne nationale), en revanche, j’ai des doutes », a-t-il avoué. Aujourd’hui, la plupart des médias passent au bi-média, mais personne n’a encore trouvé le modèle économique viable sur le Web.

Des aides à la presse mieux ciblées

Dans ce contexte, les aides de l’Etat à la presse (1 milliard d’euros au total, ndlr) n’ont jamais été aussi importantes pour aider certains médias à survivre. D’autant qu’ il perçoit une « dérive du métier ». « Le journaliste devient de plus en plus diffuseur d’information, que rédacteur-enquêteur et est de moins en moins au coeur du métier. Pour certains médias, comme le Huffington Post, il est tentant d’avoir des blogueurs qui font du tam tam sur la toile », a regretté Philippe Buisson. Malgré la crise budgétaire de l’Etat, pas question à priori de baisser le montant de ces aides. Simplement, il faut « mieux les cibler en direction de la presse d’information politique générale pour aider davantage la presse citoyenne », a avancé le secrétaire national aux médias du PS.

Redéfinir le critère de presse d’information politique générale

Ce qui suppose de redéfinir ce critère de presse d’information politique générale. « Cela signifie-t-il que la presse télévisuelle n’aurait plus d’aides de l’Etat ? », a demandé son intervieweur, Pierre Sauvey, administrateur au Club de la presse, trésorier. « Oui », a-t-il répondu, sans hésiter. « Y aura-t-il des critères d’emploi ? « , a ajouté Marie-Christiane Courtioux, présidente du Club. « Possible », estime Philippe Buisson, sans grande conviction, mais avec la certitude que « l’Etat a les moyens de mieux garantir les droits de la presse française ». « De plus en plus d’entreprises demandent aux journalistes de créer un statut d’auto-entrepreneur », a lâché Agnès Caullier, adhérente du Club.

Des aides à la presse décentralisées ?

Il faut aussi « repenser les aides à la presse au niveau régional », a-t-il poursuivi en citant l’exemple de TV7, qui reçoit le soutien du Conseil régional et aussi à une autre échelle Aqui.fr, site d’informations régionales en ligne. « Actuellement, aucune télévision régionale en France ne peut vivre sans les aides institutionnelles », rappelle l’élu. « Pour l’heure, dans les lois de décentralisation, nous n’avons pas obtenu gain de cause sur ce point avec Alain Rousset (président de la Région Aquitaine) ». Dans le même esprit, « si demain, le journal Sud Ouest est menacé, il faudra que les institutions s’en mêlent », a-t-il déclaré. « La presse était fondée auparavant sur le paritarisme, cela signifie-t-il que vous allez le relancer avec cette loi ? », a questionné Philippe Loquay, secrétaire général du Club de la presse.  « Oui, nous voulons le relancer », assure Philippe Buisson.

Scoop : un conseil de la presse sera créé d’ici un an

Surtout, le secrétaire national aux médias du PS a révélé que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti devait annoncer en septembre au congrès du SNJ (Syndicat national des journalistes) la création d’un conseil de la presse, qui devrait voir le jour d’ici un an. La proposition sera bientôt soumise au législateur et fait l’unanimité à Matignon et à l’Elysée. Il s’agit d’un outil de médiation au sein de la profession, qui pourrait être saisi par n’importe qui. « Il en existe 100 dans le monde, dont 19 en Europe », a-t-il précisé. Cela s’accompagnerait de la création d’une charte déontologique que les médias devront signer avec l’ensemble des syndicats. « Sur ce point, les patrons de presse sont distants », a-t-il confié. En ce sens, Philippe Buisson dit avoir sensibilisé les députés à la nécessité de renforcer l’indépendance des rédactions vis-à-vis des patrons de presse.

La réforme du CSA 

En attendant, il devient urgent de redonner le goût de lire la presse aux jeunes générations, comme l’a souligné Jean-Marie Dupont, président du Clemi (Centre de liaison de l’enseignement et des médias de l’information). « Dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires, nous pourrions introduire de l’éducation aux médias. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut éduquer les jeunes aux médias », a lancé Philippe Buisson. Autre sujet abordé, une grande loi doit revoir d’ici 2014 les moyens donnés à l’audiovisuel public (redéfinir le périmètre de la publicité, de la redevance télévisée…). A noter par ailleurs, qu’un projet de loi doit revoir, dès juillet, la nomination des membres du CSA, qui devraient passer de 9 à 7 membres. Il n’y en aurait plus qu’un seul nommé par le président de la République.

Nicolas César

 

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