Pour écarter la casse de L’Huma et ses titres, la recapitalisation citoyenne s’impose !

, par Club de la Presse.

A une semaine d’une audience d’étape au tribunal de commerce de Bobigny, la direction de l’Humanité a présenté, mardi 19 mars, aux élus du personnel et aux administrateurs les « premières ébauches » d’un plan de redressement. Outre des économies sur les frais de structures et un programme de recettes -trop modeste, à nos yeux-, ces pistes contiennent en leur coeur une diminution importante de la masse salariale.

Selon les chiffres que font circuler les administrateurs judiciaires, il pourrait s’agir de supprimer un tiers des emplois. Cette approche comptable, exclusivement basée sur un rétrécissement de nos moyens, renvoie à plus tard – au terme de cette casse interne, donc – l’étude des conséquences désastreuses sur notre production éditoriale, décisive pourtant dans la viabilité et l’utilité de L’Humanité, ainsi que l’indispensable reconstitution de son capital.

Pour nous, c’est prendre les choses à l’envers. Nous l’avons dit avec tous les représentants du personnel il y a quelques semaines, et nous le maintenons plus que jamais : « Un plan de licenciements, ce serait une autre façon d’assassiner L’Huma ! » Parce que nous les faisons au jour le jour dans des conditions déjà très difficiles – une quarantaine de postes ont déjà été supprimés, ces dernières années, à travers le non remplacement des départs -, nous savons, nous, qu’un tel remède de cheval racornirait nécessairement nos ambitions et mettrait gravement en danger l’avenir de nos titres…

La puissance de la solidarité autour de l’Humanité doit conduire à nous porter à la hauteur de cet élan extraordinaire. Il serait irresponsable de le laisser retomber, en disparaissant pendant plusieurs mois pour « gérer » les énormes sacrifices demandés aux salariés en interne… Il faut canaliser ce soutien et proposer des débouchés concrets à tous ces gestes si précieux, petits et grands. Ils sont notre atout, un atout beaucoup plus important qu’on ne le pense parfois, y compris à la tête de l’Huma ! Nous, nous y croyons, et nous appelons les salarié-e-s, mais également les ami-e-s, les soutiens, les lectrices et les lecteurs à construire ensemble un modèle économique et éditorial pour tous nos titres. C’est possible, mais face à cette menace immédiate d’un plan de suppressions d’emplois, il faut y aller, et tout de suite !

Indépendant des puissances d’argent, L’Humanité ne peut compter que sur ses propres forces : c’est-à-dire celles de ses salariés, de ses lecteurs et de ses soutiens. Certes, tous sont déjà présents au capital de l’Humanité à travers la société des Amis de l’Humanité, la société des lecteurs et la société des personnels de l’Humanité. Mais au vu des périls qui menacent nos titres, nous voyons comme une option sérieuse d’organiser le fabuleux élan de soutien qui entoure le journal, et qui pourrait – nous en sommes sûrs – être décuplé si l’on se donne la peine de mobiliser pleinement nos réseaux en France et dans le monde.

La souscription et les dons sont un premier niveau utile pour la trésorerie dans la phase actuelle. Les abonnements sont plus décisifs encore, nous semble-t-il. Dans ce domaine, les premiers résultats sont très encourageants : leur nombre a augmenté de plus de 3000 en quelques semaines et, désormais, nos nouveaux abonnés privilégient des formules qui sont pérennes et à des tarifs non bradés… Mais il est possible d’aller plus loin dès maintenant, et cela passe par une opération transparente et publique de reconstitution du capital de nos titres.

Pourquoi la recapitalisation citoyenne est-elle cruciale ? Parce qu’elle associe plus étroitement de nouveaux soutiens au destin de nos titres et que, sans chambouler la répartition actuelle avec les actionnaires en place, elle écarte les dangers d’une prise de contrôle par des puissances d’argent. Devenir sociétaire de l’Huma, c’est tout l’inverse d’être actionnaire d’une entreprise du CAC 40 : c’est se sentir responsable et personnellement impliqué dans ce qui se joue dans notre entreprise, que ce soit devant le tribunal de commerce ou au jour le jour, en resserrant les liens avec nos soutiens, qui sont aussi des sources, des relais et des lecteurs. Et parce qu’un haut niveau de capital est un gage de solidité vis-à-vis de nos créanciers.

Pourquoi le faire via l’entreprise solidaire de presse d’information générale et politique (ESPI) ou le fonds de dotation ? L’entreprise solidaire de presse d’information générale et politique (ESPI) est un statut créé par la loi du 17 avril 2015, inspiré par les propositions du directeur de Charlie Hebdo – « amendement Charb » déposé et défendu par les sénateurs PCF à l’époque – pour favoriser le soutien citoyen à des médias à faibles ressources. Ses dispositions ont étéétendues par la loi Bloche de 2016. Cette forme juridique permet aux particuliers d’investir jusqu’à 5 000 euros pour une personne seule ou 10 000 euros par foyer dans l’entreprise de presse, avec une déduction fiscale à hauteur de 50 %. C’est donc également un moyen d’impliquer l’Etat pour sauvegarder le pluralisme. La société bénéficiaire est en contrepartie tenue de réinvestir dans l’entreprise au moins 70 % des bénéfices annuels. Ce statut protège l’entreprise de toute prise de contrôle hostile par un tiers. Charlie Hebdo et le site Les Jours fonctionnent par exemple sous cette forme. La SNJH, société éditrice de L’Humanité, L’Humanité Dimanche et humanite.fr disposent déjà de ce statut, sans avoir encore recherché à exploiter ses potentialités.

Le fonds de dotation est un organisme de mécénat destiné à réaliser, ou à aider un autre organisme à but non lucratif à réaliser une oeuvre ou une mission d’intérêt général. C’est un véhicule qui permet d’accueillir les participations des donateurs (personnes physiques et, dans ce cas, personnes morales également) pour abonder le capital de l’entreprise. Les dotations, dons et legs ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % du montant des dons dans la limite de 20 % du revenu imposable. La différence essentielle avec l’entreprise solidaire de presse est que les donateurs ne sont pas sociétaires à titre individuel, c’est le fonds auquel ils souscrivent qui est actionnaire de l’entreprise. Ce fonds est géré par un conseil d’administration d’au moins trois membres nommés la première fois par le ou les fondateurs.

Nous pouvons sauver L’Humanité et lui assurer un avenir pérenne si nous nous y mettons tous collectivement. Mobilisons-nous dès aujourd’hui pour démarcher nos réseaux sur ces propositions. Si nous recueillons immédiatement des abonnements durables et, dans cette phase exploratoire, de lettres d’intention en vue d’apports en capitaux, nous pourrons ainsi faire la démonstration à la direction du journal, aux administrateurs judiciaires et au tribunal de commerce qu’une autre voie que le plan social et le dépérissement de nos titres est possible !
Section syndicale SNJ
de L’Humanité, L’Humanité Dimanche et humanite.fr
snjhumanite@gmail.com

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