Débat du Club : le langage inclusif pour « enlever des privilèges mais pas des droits »

, par Club de la Presse. Catégorie : Actualités du club, Profession

CONF CLUB ECRITURE INCLUSIVE

Le club de la presse Junior a réuni trois intervenant(e)s mercredi 15 décembre autour du débat sur l’utilisation du langage inclusif dans les médias et dans la société. L’occasion de dépasser certains clivages et explorer des formes diverses pour abolir le sexisme véhiculé à travers le bien commun qu’est la langue dans sa forme actuelle.

Un débat qui clive, oppose et parfois créé des tensions. Si certains médias font le choix de l’écriture inclusive, l’usage est encore très minoritaire dans les visages représentatifs de la société. A l’image, par exemple, du journal Les Echos qui n’a pas encore mené une réflexion de fond au sujet de la langue. Jean-Marc Vottori, éditorialiste du titre de presse a bien tenté une percée avec une tribune se prononçant en 2020 en défaveur de l’écriture inclusive telle qu’elle existe aujourd’hui, tout en ouvrant la porte à d’autres solutions.

 

« La complexité est excluante, jugeait-il lors du débat à propos du fameux point médian. Il y a eu tellement d’investissements des gens à surmonter les difficultés de l’orthographe qu’on bloque à intégrer cette nouvelle difficulté. » Le point médian, qui n’est pas le seul marqueur de cette nouvelle forme d’écriture, est utilisé par le tout jeune média régional Podcastine. Un usage que justifie son fondateur, Jean Berthelot de la Glétais, par une volonté à accorder enfin un principe d’égalité des sexes au langage. Tout en maintenant que le but est « d’enlever des privilèges et pas des droits ».

 

Des privilèges institués par un système masculiniste qui a opéré une prédation sur la langue au fil des siècles. Comme lorsqu’au XVIIe siècle, un membre de l’Académie française juge que « le masculin est plus noble » et élimine l’accord de proximité. Cette règle même qui faisait écrire à Racine ces vers :
Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières
Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières

 

Un système construit sur la simplification et l’exclusion, qui paraît difficilement amovible dans les institutions actuelles. « En France, la langue est sacrée » explique la linguiste toulousaine Véronique Perry pour justifier ces blocages. La chercheuse travaille depuis 1997 sur les formes non-sexistes du langage, notamment en regard avec les formes neutres anglophones. Elle écrivait en 2003 :

 

« La dichotomie sexiste, qui ne laisse aucune place à l’expression d’une « variable de genre » au-delà de la bi-catégorisation homme-femme, est entretenue par la langue française […] à cause d’un héritage national fort de prescription linguistique d’un unilinguisme centralisateur et républicain.

 

A nous, si le langage doit évoluer, de nous en saisir. Car, la linguiste rappelle que « le langage a deux lois : il évolue par la parole et il n’évolue que par simplification ». D’où les réticences aussi au sujet du point médian. Les solutions semblent passer par la réintégration dans nos usages de l’accord de proximité. Aussi, de la « dépersonnification » qui nous ferait écrire « la communauté médicale » plutôt que « les médecins ». Un contournement qui pose quand même problème au style journalistique. « Cela fait perdre le rythme d’un papier et c’est pourtant la première marque du talent d’un journaliste à l’écrit » pointe Jean Berthelot de la Glétais.

 

Le guide d’écriture pour toutes et tous, édité par des universités québecoises et conseillé par Jean-Marc Vittori, peut faire figure de référence pour faire évoluer sa pratique. « L’évolution dépend de notre pratique à tous et les médias ont une responsabilité c’est certain. Mais la langue doit aussi rester maniable » nuance l’éditorialiste. Quelles que soient les formes trouvées, difficile de ne pas vouloir changer de paradigme. Reste à cheminer parmi les modèles existants, voire à expérimenter des variations nouvelles.

 

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