Devenir pigiste, faire évoluer les mots

, par Club de la Presse. Catégorie : Au Club, Choix du Club, Profession

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Pitch, synopsis, enquête, appel à sujets, veille de l’actualité, rencontres entre pigistes, bourses à projets… Comment trouver l’équilibre de créer dans ce monde de la presse où l’image du pigiste est si souvent controversée ? C’est pourquoi, la pige, un des segments de ce microcosme de l’information a été largement discuté lors de la rencontre du 28 janvier dernier entre les étudiants en journalisme à l’IJBA Bordeaux et des journalistes indépendants du Club de la Presse de Bordeaux – Nouvelle-Aquitaine.

Parmi les présents, se comptaient : Jean Berthelot de la Glétais, journaliste indépendant pour de nombreux titres tels que la Revue Far Ouest et Sud Ouest Mag, co-fondateur de Podcastine et Président du Club de la Presse de Bordeaux ; Ariane Puccini, journaliste indépendante et membre du collectif Youpress ; ainsi que Karsten Kurowski, réalisateur de documentaires qui accompagne aussi des journalistes franco-allemands au CUEJ et à l’université de Fribourg.

La pige : la plus-value grandissante des rédactions

« Être pigiste, c’est être là où la rédaction n’est pas. » selon Ariane Puccini.

Bien qu’il existe des journalistes œuvrant sous la casquette de pigiste par défaut en attendant de trouver une rédaction, beaucoup d’entre eux ont pourtant choisi ce mode de fonctionnement. Un pigiste peut choisir la zone géographique d’où il souhaite exercer, ou encore sa spécialisation (sport, culture, cinéma, etc…). Il est libre de ses sujets, de ses mots, et de changer de collaboration quand il le désire. Être pigiste, c’est se donner l’opportunité de se faire remarquer, d’ouvrir ses possibilités. A tout cela, s’ajoute le même statut qu’un journaliste rallié à une rédaction. Et, il peut notamment être détenteur d’une carte de presse.

Pourtant, pour vivre d’un métier de pigiste, encore faut-il arriver à mettre un pied dans une rédaction pour lancer la machine. Deux voies s’offrent alors au pigiste. La première lui accorde une position de décideur. Les sujets lui sont proposés. Il s’agit alors d’appels à sujets de la part de la rédaction. La seconde, qui occupe en majorité les pigistes qui témoignent ici : est la proposition de sujets. Mais comment choisir son sujet ?
L’actualité brûlante requiert un papier sur un sujet bien précis ?… le pigiste entre en jeu et propose ses services à une rédaction.
La rubrique d’un média est en panne d’inspiration ?… le pigiste y prête sa plume.
Un projet d’enquête, l’approfondissement d’un point de vue, donner la parole à un interlocuteur laissé trop longtemps dans le silence… telles sont les missions du pigiste, aussi diversifiées qu’enrichissantes.
Et, pour ce faire entendre et lire lui aussi, il doit proposer ses sujets aux rédactions. Jean Berthelot de la Glétais et Ariane Puccini, tous deux pigistes depuis des années et collaborateurs pour divers titres de presse, expliquent qu’une proposition de sujet se fait sous forme de synopsis. C’est un texte court qui présente le sujet, son angle, ses intervenants, l’idée du format de l’article, son titre et son attaque. Ce synopsis est envoyé à des chefs de rubrique ou à des rédacteurs en chef. Cela leur permet de se projeter dans l’article.

Karsten Kurowski soulève également l’importance de la partie prospection du métier. Tout pigiste se doit de connaître les caractéristiques des rédactions : leur date de bouclage, les noms des journalistes avec leur spécialisation respective, l’heure de la conférence de rédaction, le moment propice pour proposer un sujet, etc… Cette prospection passe par le contact direct avec les rédactions de médias mainstream et de médias de niche (presse spécialisée). L’échange, c’est le nerf de tout. C’est la naissance de chaque réseau.

Pour rencontrer et échanger avec d’autres professionnels de la presse, il existe d’ailleurs des rencontres de pigistes, comme les 48h de la Pige, organisée par l’association Profession : Pigiste, par exemple, comme le rappelle Ariane Puccini.

Des conseils qui préservent la qualité d’éditeur

Devenir pigiste requiert une organisation rigoureuse. Il faut s’organiser un temps de veille de l’actualité chaque semaine, être à jour dans l’administratif, se soulager de la collecte d’informations grâce à des applications telle que Pocket (qui permet de synchroniser et sauvegarder des articles lus sur l’ordinateur et le mobile), et proposer des sujets à valeur ajoutée aux rédactions.

Le secret d’un bon pigiste, c’est aussi de noter, tout et tout le temps. Un livre, un débat, une citation, un témoignage… qui se veut être original ou intriguant, c’est le détonateur d’une bonne idée !  Il faut viser l’atypique, le surprenant et l’informatif, le vrai.

Une création, qu’elle soit écrite, sonore, visuelle, palpable ou non ; nécessite parfois un soutien pour être conceptualisée. Et, il faut savoir que de nos jours il existe des bourses qui aident au financement de ces projets, notamment d’articles. Parmi elles, il existe la Bourse Lagardère ou encore les bourses Brouillon d’un rêve, qui sont attribuées à des idées de projets pour les financer.

Être pigiste, c’est aussi être patient et ne reculer devant aucune opportunité.
Pour les pigistes audiovisuels, dans la télévision par exemple, leur prospection consiste aussi à laisser leurs coordonnées à des boites de production. Ils doivent être polyvalents et curieux de toute proposition. Cela peut passer, par exemple, par un poste de fixeuse ou fixeur pour des médias étrangers ou établis ailleurs qu’à Bordeaux. Le statut de fixeur permet de participer à de nombreux projets et est très varié : donner des idées à un réalisateur, participer aux enquêtes, faire des repérages, etc… Cet enrichissement-là sera la réponse à son attente, et nourrira sa vocation. Apprendre pour diffuser.

Le pigiste prend le temps de s’intéresser, il peut s’émerveiller et revenir grandi de révélations à partager, à écrire, à illustrer. Le pigiste ne s’enferme pas dans une seule vision, une seule approche. Il se donne les clés pour évoluer différemment.

Kim Gaborieau

Sources :

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