« Nous connaîtrions une véritable régression sociale, culturelle et politique si les journalistes professionnels disparaissaient »

Bernard Miège (BX 11 10 2013)

Le groupe Sud Ouest met le cap sur le numérique et se restructure…

Invité ce mardi 6 novembre du petit déjeuner d’Objectif Aquitaine, Olivier Gerolami, le PDG de Sud Ouest a expliqué comment il allait restructurer le groupe et développer le numérique.

« Ma feuille de route est claire : accélérer les mutations numériques et restructurer pour faire face à la crise économique », a annoncé sans détours , Olivier Gerolami, président du groupe Sud Ouest et du directoire du journal Sud Ouest.

Ce vendredi, il annoncera en comité d’entreprise un plan de départ volontaires (150 personnes seraient concernées) afin d’économiser près de 10 millions d’euros, selon des sources proches du journal.  Le troisième groupe de presse français, avec 600 000 exemplaires et 8 titres quotidiens, accuse une dette de 14 millions d’euros, liée notamment au rachat du groupe Midi Libre début 2008, qui, après de profondes réformes devrait être bénéficiaire en 2013. Confronté à une érosion de 2% de son lectorat (280 000 exemplaires vendus chaque jour aujourd’hui), et des recettes publicitaires en baisse de 5,5%, le journal Sud Ouest, quant à lui, va clôturer son exercice 2012 avec une « lourde perte de trois millions d’euros ». Un déficit structurel, qui ne fera que s’accroître si rien n’est fait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sud Ouest passe au bi-média au premier trimestre 2013

C’est pourquoi Olivier Gerolami veut réformer vite et en profondeur, en se positionnant sur le Net et l’hyper-local. « Le groupe a la même structure qu’il y a 15 ans du temps de la splendeur de la PQR », a souligné le nouveau PDG. « De toutes façons, nous n’avons pas le choix. Nous sommes au pied du mur et devons nous réorganiser en 2013. Quand je demande aux syndicats quel est le plan B, il y a un grand silence », a-t-il prévenu.

Il souhaite que l’ensemble des rédactions de Sud Ouest passe au bi-média au premier trimestre 2013. « Il faut devenir une boîte Internet fournisseur de contenus. Si on n’arrive pas à passer le virage, je ne donne pas cher de notre peau », a-t-il lancé. Pour cette « immense mutation culturelle et technologique », des formations ont déjà été mises en place. Elles concernent même les correspondants. Tous les journalistes vont être équipés de smartphones et le logiciel d’édition va évoluer, afin de permettre au rédacteur d’envoyer ses articles à la fois sur le site du journal, Twitter, Facebook et l’appli mobile. « Nous avons un maillage du territoire unique et nous sommes bien placés pour faire de l’info locale, mais aussi apporter des services, l’agenda. Derrière, on peut faire de l’annuaire et toucher des gens qui n’avaient pas les moyens de payer pour l’édition papier », a avancé Olivier Gerolami. « Notre concurrent, ce n’est pas La Dépêche du Midi, mais Les Pages jaunes. Ils font 600 millions d’euros de chiffre d’affaires, si on arrive à leur prendre 10% dans notre région, ça aurait un vrai impact », détaille-t-il. A terme, le journal papier deviendra un complément du site, apportant des analyses, des décryptages, des interviews.

 

 

Les tablettes pour amener le lecteur à payer pour s’informer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sud Ouest va lancer une nouvelle application en janvier-février avec face A : un PDF zoné ; face B : une appli avec des archives et des alertes. L’abonnement sera mensualisé. Seules les hot news seront gratuites sur le site Internet. A ce jour, le site Internet compte 300 000 visiteurs par jour, plus de 8 millions par mois. « L’audience a crû de 40% en un an et les recettes publicitaires de 30% », a-t-il précisé. Si Sud Ouest papier a perdu des lecteurs, Olivier Gerolami souligne que son audience s’est élargie aux jeunes urbains. « Notre marque s’est développée sur le territoire », a-t-il insisté. Mais, les recettes publicitaires sur le Web sont sans commune mesure. « Le rapport entre le papier et le Web au niveau pub est de 1 à 4″. Pour y remédier, l’appli tablette sera personnalisée. La homepage du lecteur tiendra compte de ses centres d’intérêt. Ainsi, « nous allons pouvoir vendre aux annonceurs des Internautes au profil bien ciblé », met-il en avant.

Un futur groupe à l’envergure européenne 

Mais, Olivier Gerolami voit surtout à moyen terme. « Dans 3-4 ans, il y aura une consolidation du secteur, qui ne devrait plus compter que 3 à 4 grands groupes de presse. Cela a déjà commencé dans le Nord avec le groupe Rossel et dans l’Est avec le Crédit Mutuel. Nous en ferons partie. L’objectif est d’avoir une taille européenne (d’ici 2020, ndlr) », a révélé le PDG du groupe Sud Ouest. Des alliances avec d’autres groupes de presse et/ou des groupes Internet sont envisagées. « L’actionnariat de Sud Ouest est prêt à envisager une évolution du capital », a-t-il dévoilé. Etes-vous optimiste pour l’avenir ? A cette question, Olivier Gerolami a répondu : « je ne vois pas pourquoi dans 20 ans, le besoin d’infos fiables et locales, qui fait défaut aux sites de news, aura disparu. Et, je pense que les gens sont prêts à payer pour ça », a-t-il conclu.

 Nicolas César

 

 

Le CV de Monsieur Olivier GEROLAMI

Président du Directoire du Groupe Sud Ouest

 

 

 

 

 

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