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Bien informer.fr, Est-ce possible ?
Bien informer.fr, Est-ce possible ?
Jeudi 22 octobre 2009
La vague du numérique a démarré il y a à peine 15 ans, les nouveaux médias du Net ont deux à trois ans d’existence mais tendent à prendre leur essor alors que la presse traditionnelle peine et perd des lecteurs. Les expériences web sont multiples tout autant que les structures. Les titres nationaux (Le Figaro, Le Monde, Le nouvel Observateur…) sont constitués d’équipes construites autour de 30 à 40 personnes. Les forces sont plus réduites (environ 5 personnes) pour la PQR qui s’avance timidement sur le terrain du Net. Quand aux « pure players » comme Médiapart, les rédactions comptent une vingtaine de journalistes. Pour autant, la tendance souligne un retour vers l’information payante car les sites ont des difficultés à asseoir leur modèle économique. Preuve en est avec Bakchich qui vient de sortir un hebdo papier tandis que Médiapart y songe fortement.
Le média internet en est encore à trouver son équilibre. Il s’inscrit cependant dans l’évolution de la presse. Selon Pierre Haski, directeur de Rue 89, sur le web existe un système de contrepoids qui compense le discrédit de la profession. « Le lecteur est dans la boucle. La parole du journaliste et la contribution de l’internaute créent un véritable débat. » Sylvain Lapoix, journaliste à Marianne2 va plus loin : « La presse traditionnelle a atteint ses limites. Le web implique une remontée directe et impose l’écoute des internautes. » Eric Mettout, rédacteur en chef de L’Express.fr souligne que « le web permet de réaliser des enquêtes participatives. » Le journaliste devient en quelque sorte un panneau indicateur. On peut imaginer l’émergence d’un nouveau métier, celui d’animateur de communauté, prenant en compte les apports des lecteurs car « un papier n’est jamais terminé sur le web. » A Rue 89, l’intervention des internautes est limitée à 4 jours sur un sujet donné.
Pierre France, journaliste aux DNA remarque que le principal atout du web, c’est la maîtrise du temps. Une opinion que ne partage pas les auditeurs de l’atelier.
Le journaliste web, seul gestionnaire
Autre écueil soulevé par Jean-Marie Charon, sociologue des médias : la prégnance du web. Si, il peut enquêter comme dans les supports traditionnels, le journaliste web est confronté à la gestion de son audience à titre individuel. C’est une nouvelle dimension qui s’oppose à la ligne éditoriale d’un journal papier, assumée collectivement par la rédaction. Si le journaliste est absorbé par les réponses apportées à ses lecteurs, quid de la recherche de l’information ? Le journaliste web deviendrait-il un journaliste de bocal ?
Pierre Haski estime que les deux font parties du travail sur le web.
Quelle doit être la prise en compte des contributions ?
A L’Express.fr, on repère les bloggeurs potentiels pouvant s’intégrer à l’équipe en tant qu’experts. Idem pour Rue 89. Le pilote reste le journaliste. Chacun admet que les apports des internautes ne sont pas rémunérés –pas de budget en vue-.
Au sujet du contenu de l’information, Jean-Marie Charon note que « ce n’est pas parce que 99% des internautes émettent un avis, apportent une information… que celui-ci ou celle-ci sont vrais. » C’est toujours au journaliste qu’il revient de vérifier ses sources. En a-t-il le temps ? Pour Sylvain Lapoix, il ne faut pas faire du multimédia à tout prix car certains sujets ne nécessitent pas de vidéo ou de son. Il faudra rapidement poser la question des conditions de travail et les déterminer clairement. Si, généralement, elles sont équivalentes à celles de la presse traditionnelle, on va vers un journalisme « couteau suisse » admet Eric Mettout. D’où un débat avec les journalistes auditeurs dont beaucoup désapprouvent la polyvalence et l’émergence d’un journaliste Shiva. Un appareil photo en bandoulière, un micro à la main, une caméra prête à brandir et un stylo et du papier au cas où.
Florence BORD