Lundi 02 novembre 2009
Marie-Christine Lipani-Vaissade, maître de conférence à l'Institut de Journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA), chargée de la formation continue et spécialiste du lectorat des jeunes, a mené pour sa thèse de doctorat des entretiens avec 1.500 jeunes, du bac pro à l'université. Les conclusions de ce questionnaire sur les rapports des 18-24 ans à la presse sont surprenantes.
1/ Quelles sont les principales conclusions de votre enquête?
Marie-Christine Lipani-Vaissade : il apparaît que plus de 90% des étudiants sondés affirment lire régulièrement un gratuit (surtout 20 Minutes). Une bonne part de ces 90% lisent aussi un titre payant une ou deux fois par semaine. Mais peu confirment lire la presse tous les jours.
2/ Est-ce un problème de lieu de vente ?
Oui, je pense, en partie. Ce qui compte pour les jeunes, c'est la démarche: ils ne vont pas acheter un journal au kiosque. Or le gratuit est là, à portée de leurs mains: aux principales stations du tram, aux entrées du métro... Le problème n'est donc pas le prix. Le gratuit va au-devant du lecteur. Il y a donc peut-être un problème de diffusion de la presse payante.
3/ Ce n'est donc pas une question de prix ?
Je ne crois pas du tout à l'argument du prix. Il existe d'abord des facilités d'abonnement, en PQN, PQR ou presse hebdo. Surtout, les jeunes ont de l'argent pour acheter un magazine, un paquet de cigarettes, qui sont beaucoup plus chers qu'un quotidien. Pourtant ils préfèrent acheter un magazine. Ceci pose la question du contenu et de la diffusion. Je ne connais pas bien les attentes des jeunes vis-à-vis de la PQR; mais quant à la PQN, les jeunes ne se sentent pas forcément impliqués dans le discours des journaux. Ils veulent un discours pratique, par exemple, que faire avec tel ou tel diplôme, cursus... Ils ont aussi le sentiment d'une presse élitiste, politisée, qui produit du prêt-à-penser. Les jeunes veulent se faire une opinion par eux-même. Cela ne veut pas dire qu'ils se désintéressent des prises de position. Mais ils veulent que la presse mette plus l'accent sur les programmes politiques, et non pas les discours. De plus ils ont des attentes en matière de développement durable, d'écologie par exemple, qu'ils estiment non satisfaites.
4/ Que pensez-vous de l'opération « Mon journal offert » ?
N'est-ce pas un peu tard? Les quotidiens ont délaissé les jeunes. Du coup, Internet, les gratuits, ont pris la place des payants. On a dit beaucoup de mal des gratuits. Mais ils posent de vrais questions sur le contenu des journaux et les attentes du lecteur.
5/ Les articles courts des gratuits ne sont-ils pas un peu frustrants ?
Cela dépend. Les jeunes ne sont pas naïfs. Ils connaissent les limites des gratuits. S'ils veulent plus d'info, ils vont lire Le Monde Diplomatique, ils vont chercher ailleurs. Ils ne sont pas victimes, ils lisent le gratuit pour ce qu'il est: c'est comme un flash d'info à la radio...
6/ Le bilan de votre étude est somme toute encourageant...
Oui ! Il montre que les jeunes s'intéressent à l'info. Ceci dit, si les jeunes ont l'habitude d'une information gratuite, vont-ils faire la démarche d'acheter un payant? Je crois quand même qu'il y a la place pour un journalisme de qualité, d'investigation, à côté d'un journalisme purement d'information. Et je ne crois pas à la disparition du papier! Mais cela pose des problèmes d'adaptation. Pour un quotidien régional, l'information circule très vite: le compte-rendu d'un conseil municipal est souvent déjà connu avant la parution de l'édition le lendemain. Il faut trouver un autre angle. Et je ne crois pas dans ce cas qu'on résoudra ces problèmes en vidant les rédactions!
Propos recueillis par Stéphane Moreale
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