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Triste fin pour
Triste fin pour "France Soir"
Vendredi 16 décembre 2011
"France Soir" n'aura pas eu droit à une véritable dernière édition avant de disparaître des kiosques. Comme le redoutaient les salariés, la direction du journal a décidé, mercredi 14 décembre, de ne pas sortir le dernier numéro imprimé du quotidien, initialement prévu jeudi 15 décembre. "Nous avons décidé d'interrompre l'édition papier pour les raisons suivantes : les locaux et le personnel de "France-Soir" ont été victimes (mardi 13 décembre) d'une action commando violente", a déclaré, mercredi, dans un communiqué, Alexandre Pougatchev, le propriétaire russe du titre. Soixante-dix représentants du syndicat du Livre InfoCom CGT avaient investi, mardi, pendant plusieurs heures, les locaux du journal pour empêcher la tenue du comité d'entreprise consacré à l'arrêt de l'édition papier. Cette action avait aussi eu pour conséquence la non-parution de France Soir mercredi.
Désormais, le journal sera seulement disponible sur Internet. Selon les salariés, M. Pougatchev a demandé la tenue " d'un ultime comité d'entreprise", lundi 19 décembre, pour entériner le plan social, qui prévoit de supprimer 89 postes sur 127. Cet ultime soubresaut intervient après 67 années d'une existence mouvementée. France Soir est l'un des nombreux journaux issus de la Résistance. Il fait son apparition dans les kiosques en novembre 1944. Dès 1953, il est le premier à passer la barre du million d'exemplaires vendus. C'est avec Pierre Lazareff, son patron le plus emblématique, que "France Soir" va vivre ses heures fastes. Réfugié aux Etats-Unis pendant la guerre, M. Lazareff a rapporté avec lui, à la Libération, les techniques de la presse à l'américaine. Avec ses grandes photos pleines pages à la "une", ses titres accrocheurs, sa rédaction forte de plus de 400 journalistes, ses six éditions quotidiennes et ses fameux vendeurs à la criée, "France Soir" tranche par rapport à ses concurrents de la presse populaire de l'époque. Cette période d'or va durer jusqu'au milieu des années 1960 et l'avènement de la radio, et surtout de la télévision. Avec un ultime pic à 2,2 millions d'exemplaires, à l'occasion de la mort du général de Gaulle en novembre 1970. Mais le déclin est amorcé. Même Robert Hersant, qui rachète France Soir au groupe Hachette en 1976, ne parvient pas à remonter la pente. "Le début de la fin", se souvient un ancien rédacteur en chef de France Soir, interviendra lors de la séparation d'avec la Socpresse, branche presse du groupe Hersant, qui édite aussi Le Figaro. En avril 1998, France Soir est déménagé à Aubervilliers. Le journal ne vend plus que 150 000 exemplaires par jour, avec une seule édition, le matin. Avec M. Pougatchev, en 2010, France Soir veut croire que sa grande époque est de retour. A 23 ans, le nouveau propriétaire est le fils de Sergueï Pougatchev, surnommé "le banquier de Poutine". Il veut relancer le journal à grands coups de carnet de chèques : locaux sur les Champs-Elysées, matériel moderne, embauche d'une centaine de journalistes, énorme campagne de publicité. "On ne peut pas reprocher à Alexandre Pougatchev de ne pas avoir investi et de ne pas avoir cru dans "France Soir", admet un journaliste. Malgré 65 à 70 millions d'euros engloutis en deux ans, le journal ne vendait plus, en décembre, que 30 000 à 35 000 exemplaires. M. Pougatchev visait 200 000 dès cette année.