Storycode Bordeaux devient Story-CATS

, par Philippe Loquay. Catégorie : Médias actu, Profession

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Le grand système d’information et de formation né aux Etats-Unis remporte un vif succès dans le monde entier. Il avait ses adeptes dans notre région, qui ont créé “Story-CATS“ pour illustrer la recherche de nouvelles méthodes de traitement de l’écriture et de la création. Un débat à Cap Sciences, en partenariat avec le Club de la Presse, a fait le point.

« La presse subit de plein fouet la crise économique, ce n’est pas nouveau et pourtant depuis quelques mois on voit émerger de nombreux titres nationaux ou locaux, papier ou web. Que se passe-t-il ? » Pour répondre à cette question, Alexandre Marsat, rédacteur en chef à Cap Sciences et administrateur du Club de la Presse avait réuni une tribune de choix le 9 novembre. Laurent Beccaria (Revue XXI et Ebdo), Flo Laval (Far Ouest) et Anne-Sophie Novel (Place to be et Narrator of Change), plus quelques autres journalistes et auteurs veulent innover dans leur profession, au-delà du journalisme.

« Cela fait vingt ans que je suis éditeur indépendant, avec les Editions des Arènes, dit Laurent Beccaria, et je suis également co-fondateur d’Ebdo et de la revue XXI. Ainsi ai-je pu publier pas mal de livres sur de grands sujets, avec Denis Robert ou sur le Rwanda avec Patrick de Saint-Exupéry. Ebdo va être lancé d’ici deux mois et ses caractéristiques sont d’être proche de la vie des gens, très journalistique et en relation particulière avec ses lecteurs, par une interaction permanente. »

Les joies du “story-hackathon

Storycode Bordeaux va prendre en Nouvelle-Aquitaine le nom de “Story-CATS“ (1) : il s’agit d’un mouvement « qui fédère les acteurs des nouveaux médias et des nouvelles écritures, autour de conférences mensuelles et de story-hackathons » comme l’annonce son site. Ici une explication s’impose : le “story-hackathon“ permet à des personnes « de profil pluridisciplinaires (auteurs, réalisateurs, développeurs, designers et producteurs) d’apprendre à travailler ensemble sur un projet transmédia, qu’ils devront prototyper pendant deux jours ». Cette méthode, qui ressemble à la fois à une formation et à un “brain-storming“ de jadis, apporte de réelles convergences entre des créateurs de tous supports.

« Nous sommes dans une phase où tout le monde peut créer un média, estime Anne-Sophie Novel, mais qu’est-ce qui va en rester ? On a dit que la technologie numérique allait tout bouleverser, or la presse papier existe toujours et la question du financement n’est toujours pas réglée. Mais il y a un flux d’information énorme et la question est alors : quel intérêt de publier ce que tout le monde peut lire partout ? Ne faut-il pas chercher d’autres sujets, s’interroger sur le réel et mener une belle réflexion sur le métier de journaliste ? » Laurent Beccaria abonde en ce sens, en notant que « des infos colossales sont données sur le comportement des lecteurs, à de grosses entreprises qui les observent et qui commencent à exiger des supports, par exemple dans le domaine du luxe, qu’il n’y ait pas de reportages de guerre à côté de leurs pubs. Mais on constate aujourd’hui, ajoute-t-il, que des journalistes prennent le pouvoir en créant de nouveaux moyens d’expression. Et des études montrent que ce que vous lisez sur papier est de trois à quatre fois mieux mémorisé que sur écran. Le papier reste donc un support extraordinaire. »

Pour Flo Laval, de Far Ouest, le papier est aussi à la base d’un réseau remarquable, celui des libraires. « Dans la grande région Aquitaine, nous nous appuyons sur eux pour organiser des soirées de rencontres avec le public, au-delà des écrans. C’est un vrai plaisir de forain ! » Les animateurs de Far Ouest se définissent plus comme des auteurs que comme des journalistes.

« L’objectivité ne nous intéresse pas, nous avons des points de vue et on les pose. Nous avons envie de raconter des histoires d’un point de vue personnel. C’est plus un truc de documentariste. »

Alexandre Marsat avait prévu trois “pitchs“, trois présentations en image d’expériences. La première était de Clémence Postis, de Radio Kawa, qui a eu 717.000 téléchargements podcast en 2014 et qui a dépassé le million en 2016 pour 22 émissions radio activées. « Je suis journaliste contributrice, déclare-t-elle, uniquement sur de l’audio, pas de vidéo ni d’écrit. »

Ensuite Jean Berthelot, contributeur à la revue Sang Froid, « une sorte de livre diffusé de 3 à 10.000 exemplaires, mais aussi un journal qui intéresse les spécialités de justice, avec les avocats, les juges et les amateurs de faits-divers et société. »

Enfin Léa Dupré et un collectif de journalistes, dénommé le “Collectif Singulier“, quatre confrères ayant des spécialités très diverses : philosophie, justice, radio, TV. « On se retrouve dans une difficulté à être journalistes indépendants, relève-t-elle, alors que le pigiste apporte un décalage dont on a besoin dans les médias. »

La fin du débat évoquera encore les problèmes économiques, avec les perspectives de “crowdfunding d’information“, les pools bancaires ou le refus du marketing traditionnel, et les aspects régionaux de l’évolution actuelle. « Nous ne sommes pas des envoyés spéciaux de Paris, nous recherchons une information “bio“, en quelque sorte, estime Flo Laval, et on creuse sans limites, en feuilleton, on y passe la nuit ! »

« C’est la seule chose qui compte, conclut Laurent Beccaria, je vais me faire trois heures de Far Ouest ce soir. Si nous arrivons à vous intéresser à votre propre vie, de la tomate aux neurosciences, à un reportage que vous allez suivre, avec des infos qui vous aident à vivre, on revient à quelque chose de fondamental: je te propose une info vitale et toi, tu nous consacres du temps. »

(1) CATS : Cluster Aquitain du Transmedia Storytelling

La vidéo du débat

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