Poser les questions de société ne suffit plus aux journalistes « de construction », ils recherchent des solutions

, par Philippe Loquay. Catégorie : Choix du Club, Profession

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Il existe plusieurs façons de replacer le journalisme dans la société. Médiapart, en précurseur à placer le citoyen dans le dispositif de l’information. Les expériences ont suivi sans que des modèles économiques clés en main soient vraiment trouvés. A leur manière et sans mode d’emploi fourni avec, les tenants d’un journalisme enrichi tentent de tracer leur voie.

Pour le premier débat du Printemps du Club de la Presse de Bordeaux organisé à l’Institut de Journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA) mercredi en fin de journée, deux acteurs d’un journalisme positif de type cercle vertueux ont prôné une approche volontariste du journalisme que l’on dénomme parfois « journalisme de solutions », « journalisme constructif » ou « journalisme d’impact ».

Baptiste Gapenne, à l’initiative de « La part du colibri » (aucun lien direct avec le mouvement d’idées Colibris fondé par Pierre Rabhi), recherche avec son partenaire William Buzy « un modèle fiable et du partenariat ». Cet ancien de BFM TV, en attendant que le ciel se dégage, propose sur son site beaucoup de contenus agrégés, en les enrichissant, a rédigé un web documentaire et un livre sur le journalisme en construction.

Au lieu de dénoncer, de rapporter ce qui a été dit lors des conférences de presse inscrites à l’agenda, « La part du colibri » et le service web de Nice Matin vont voir du côté des initiatives locales, des expérimentations, de ce qui a marché ailleurs. Comme l’a bien résumé Franck Niedercorn vice-président du Club de la Presse de Bordeaux et animateur du débat, ces journalistes + se posent une question supplémentaire après les classiques « qui, quoi, où, comment, pourquoi ? » So what, et après ?

La menace d’un règlement judiciaire a poussé le personnel de Nice Matin à se demander comment continuer. Le rachat de l’entreprise par ses employés s’est accompagné d’un questionnement auquel les lecteurs ont été associés. Un journalisme « à part » développé en marge du papier a pris son essor. Cinq professionnels de la rédaction, dont Caroline Ansard venue à Bordeaux partager son expérience, se consacrent à des sujets dits « mis en avant ». Sur trois propositions chaque mois, les lecteurs en choisissent une. Pas vraiment nouveau vraiment mais à Nice, l’idée rencontre son public. Sur la base d’une relation de proximité, les abonnements sont au rendez-vous (6500). Une page Facebook live prolonge la discussion.

 

L’information enrichie rencontre son public

 

Localement, Rue89 Bordeaux, clairement engagé, et son rédacteur en chef Simon Barthélémy, posent d’abord le constat, quitte à en irriter certains, avant de proposer des pistes (dossier transports, Supercoop, caravane Alternatiba). Le journalisme de construction, veut, comme le pure player bordelais, « susciter l’envie d’agir », « partager les expériences et les solutions même mauvaises ».
A l’arrivée, le lecteur, consommateur d’informations, acteur, a le dernier mot pour commenter, prolonger enrichir l’article. Plus les reportages sont en prise avec le quotidien, plus ils sont lus. En somme, quand le journalisme est replacé dans la société, il intéresse. Ni béatement optimiste, ni déconnecté des réalités, le constructivisme appliqué à ce métier surfe sur l’actualité pour proposer des solutions.

Étudiant en master 1 de journalisme à l’IJBA Bordeaux, Jérémie Vaudaux a participé au concours international Jeunes reporters de l’environnement sur un sujet consacré aux familles à énergie positive. Il a voulu « partir d’en bas », « il est arrivé en haut », n’a pas manqué de souligner Marie-Christine Lipani, chercheuse en journalisme et médias, directrice adjointe de l’IJBA. « Être proche des gens, d’accord mais est-ce à un journaliste de proposer des solutions ? » s’est-elle demandé. La question de la neutralité et de la déontologie est posée.
« L’on ne s’interdit rien » précise Christine Ansard à une question du public sur les limites de l’exercice. En tout cas, les lecteurs en redemandent. Les sujets enrichis sont bien plus suivis et le temps de lecture est décuplé constate Baptiste Gapenne. Est-ce la solution à la fameuse « crise » des médias ? Personne n’ose s’aventurer sur ce terrain mouvant.

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Nice Matin et « La part du colibri » (Caroline Ansard à gauche et Baptiste Gapenne, au centre), deux supports web investis dans le journalisme en construction ont servi d’exemples lors du premier débat organisé à l’IJBA dans le cadre du Printemps du club de la presse de Bordeaux.(Photo Club de la Presse de Bordeaux).

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