“En Afghanistan, ce sont des régions entières qui n’ont plus les moyens de s’informer et donc d’informer.” C’est le constat inquiétant que fait le journaliste afghan en exil, Fayaz Wira, contraint de quitter son pays en 2025. Depuis le retour des talibans au pouvoir, plus de 50 % des médias y ont mis la clé lire la suite
“En Afghanistan, ce sont des régions entières qui n’ont plus les moyens de s’informer et donc d’informer.” C’est le constat inquiétant que fait le journaliste afghan en exil, Fayaz Wira, contraint de quitter son pays en 2025. Depuis le retour des talibans au pouvoir, plus de 50 % des médias y ont mis la clé sous la porte. Accueilli comme réfugié politique par le Club de la Presse du Périgord en janvier 2026, il a rappelé la manière dont la liberté de la presse, jusqu’alors encadrée par la loi de 2009, s’est totalement effondrée depuis 2021. Il alerte également sur l’« apartheid genré » à l’œuvre, où plus de 80 % des femmes ournalistes ont été forcées d’abandonner leur travail.
La situation afghane est loin d’être un cas isolé . Vendredi 10 juillet au festival international de journalisme de Coutures-sur-Garonne, Reporters sans frontières (RSF), Radio for Peace International (RFPI) et le journaliste Fayaz Wira se sont interrogés sur les solutions qui existent pour contourner la censure de l’information à l’étranger. La table ronde était modérée par Richard Hecht, journaliste honoraire membre actif du Club de la Presse Bordeaux Nouvelle-Aquitaine. Il a notamment évoqué les situations iraniennes et russes.
Évoquant notamment l’Iran et la Russie, Richard Hecht souligne : « La censure est omniprésente. Elle oblige les journalistes et les citoyens à prendre d’immenses précautions, à émettre clandestinement, voire… à partir. »
Des fréquences pour faire face aux États
Face à ce constat, Sylvain Clament (RFPI) et Louise Alluin-Bichet (RSF) ont présenté le dispositif technologique qui leur permet aujourd’hui d’émettre sur quasi l’ensemble du globe. RFPI s’appuie sur les ondes courtes (de 3 à 30 MHz), un signal radiophonique capable de «rebondir » et de se propager, en théorie, à l’infini. Louise Alluin-Bichet explique le soutien apporté par RSF à cette initiative : elle « s’inscrit
pleinement dans la mission de notre organisation, qui vise à garantir à chaque citoyen l’accès à une information fiable, partout dans le monde ».
Si cette technologie peut sembler obsolète à l’ère du numérique, Sylvain Clament rappelle ses atouts : ces ondes sont plus sécuritaires et peu chères : « Il est impossible de tracer qui reçoit et écoute notre fréquence ». De plus, alors que des régimes autoritaires comme la Russie ou l’Iran n’hésitent pas à couper Internet pour bloquer toute transmission de données, les ondes courtes échappe à ce type de verrouillage.
Ces États restent toutefois très actifs dans le brouillage des fréquences utilisées. RSF, RFPI et les journalistes doivent donc continuellement s’adapter. « Nous changeons sans cesse de fréquence pour poursuivre notre diffusion. Cela complexifie le traçage, mais cela demande aussi un travail d’éducation auprès des auditeurs », note Sylvain Clament.
Louise Alluin-Bichet ouvre également la réflexion vers des alternatives plus modernes : «L’utilisation de Starlink couplée à un VPN permet de transmettre du contenu plus lourd, comme de la vidéo. Même si cela soulève, par ailleurs, des questions sur le partage des données personnelles des utilisateur·ices. »
En conclusion de cette table ronde, Fayaz Wira a rappelé combien il reste « difficile de mettre la lumière sur ce qui se passe dans ces pays, et à quel point il est essentiel de continuer à le faire », qu’il s’agisse de l’action des ONG, de l’engagement des médias en exil ou du travail des journalistes occidentaux protégés par leurs lois sur la liberté de la presse.
Zoé Keunebroek
