Céline Boileau, journaliste ,formatrice EMI et Veille, adhérente du Club de la presse de Bordeaux-Nouvelle-Aquitaine comme Richard Hecht, a animé cet été un atelier autour de l'intelligence artificielle lors du Festival international de journalisme. Un atelier pour refaire société/recréer du lien.
Richard Hecht : D’où est partie l’idée de confronter les positions sur la gouvernance politique et l’IA ?
Céline Boileau : En fait, tout est parti d’une video d’Albert Moukheiber sur les biais cognitifs et les fake news . Il conclut en expliquant que pour lutter contre les fake news, il faut pondérer ses avis. C’est une video de 5 minutes environ que je montre aux lycéens par exemple. Mais « pondérer ses opinions », je trouvais cela abstrait.
Jusqu’à ce que je découvre l’atelier Jouer à débattre proposé par l’Arbre des connaissances. Dans ce jeu, chaque groupe se met dans la peau d’un acteur différent : cela force à l’empathie et à sortir de son opinion, ce qui n’est déjà pas toujours facile, même pour des élèves de lycée. En outre, on se rend compte qu’au sein d’un même groupe, les avis peuvent diverger. Pour évaluer la valeur de leurs arguments, ils les notent donc sur une échelle de 1 à 5. Finalement : ils pondèrent !
L’idée de l’IA ministre est tout simplement tirée de l’actualité, j’ai initié ce sujet il y a près d’un an, quand une IA a bel et bien été nommée en Albanie. Je l’avais utilisé aussi car je fais beaucoup d’ateliers en IA Literacy et je peux donc développer les arguments présentés.
Mais au-delà du sujet sur l’IA, cet atelier apprend donc à débattre, à retrouver ce « socle commun » qui permet de faire société.
R.H. : Pour organiser un tel atelier basé sur des groupes avançant des positions différentes selon que l’on soit acteur de la tech, citoyen, politicien ou représentant d’une collectivité, quelle posture journalistique adopter ?
C.B. : En fait, le journaliste aurait pu constituer un autre rôle (c’est une bonne idée d’ailleurs!). Celui qui fait la synthèse, sans prendre parti ou au contraire en prenant partie, tout dépend de ce qu’en pensent les personnes qui perçoivent les intérêts des journalistes, finalement ! D’ailleurs chaque personne peut s’amuser à incarner un journaliste différent !
R.H. : À la fin du pour ou contre, qui l’a emporté ?
C.B. : Le contre, mais ce n’est jamais la même réponse ! C’est cela qui paraît fou ! Cela montre aussi que quelle que soit la valeur d’un argument, il dépend toujours de son contexte. Cela apprend aussi à accepter pleinement que dans la vie citoyenne, il y a divers points de vue. Et c’est peut-être davantage la diversité des points de vue qui explique la dynamique d’un débat, que l’originalité d’un argument.
[En débat ] La Nuit des controverses ou comment construire nos désaccords
La nuit porte conseil dit-on et controverser relève de la joute verbale parfois tendue. Partant de là, l’Institut des Futurs souhaitables, Epop& ont imaginé un modèle de débat participatif, les Controverses d’utilité publique ou ConUt en abrégé. Partie de la Gaîté lyrique, la 2ème Nuit des Controverses s’est déroulé le 17 septembre dans plusieurs villes en France dont Bordeaux.
Une cinquantaine de personnes a participé à la ConUt Bordeaux pour une Controverse élaborée en deux parties : un atelier et une controverse sur le thème des médias.
Pour commencer, Loïc Chabrier, avec l’atelier Médiaventure, à interroger le public sur les régimes informationnels de chacun. Une mise en jambes utile pour la seconde proposition de la soirée sous forme d’un face-à-face autour d’une question : les réseaux sociaux, opportunité ou menace pour l’information ?
Anne-Sophie Novel, journaliste, rédactrice en chef d’ Isméee, média indépendant de l’l’Entre-deux-Mers et Michel Payen, fondateur et rédacteur en chef de Bordeaux Média, média digital suivi par une grosse communauté sur les réseaux sociaux ont alimenté la discussion.
Tous les arguments épuisés, public et débatteurs se sont retrouvés autour d’un verre pour poursuivre la Controverse./ Photo Richard Hecht

