Six dirigeantes d'agences de relations presse implantées en région viennent de prendre la parole pour défendre les rédactions locales. Leur tribune, publiée dans Stratégies, part de leurs territoires et pose une question qui nous concerne tous : qui restera pour raconter ce qui s'y passe ?

Le 22 juillet 2026, le tribunal de commerce de Nantes valide la reprise du Journal des Entreprises. Sur 52 salariés, 10 commerciaux sont conservés. Les 35 journalistes titulaires, eux, ne le sont pas. Neuf éditions régionales perdent leur rédaction le même jour.

Le repreneur, Overlord Média, annonce un projet éditorial reposant notamment sur des pigistes et sur l’intelligence artificielle.

Une information parmi d’autres, pourrait-on presque dire. Un communiqué. Quelques articles. Des réactions. Puis le fil de l’actualité reprend son cours.

Sauf que cette fois, quelque chose est venu troubler ce scénario habituel.

La réaction est venue de six dirigeantes et fondatrices d’agences indépendantes de relations presse : Corinne Hennequin (Hémisphère Sud), Anne-Laure Marin (Agence Initiale), Sandra Pacheco Messibah (Hello la Com’), Odile Seiter (CTer&co), Aurore Vinzerich (Madame de la Com’) et Lisa Wyler (Wyler X Wyler Intuitu Personae).

Six femmes qui travaillent quotidiennement avec les médias, qui connaissent leurs rédactions, leurs journalistes, leurs contraintes et leurs fragilités. Six communicantes qui ont choisi d’écrire ensemble une tribune publiée dans Stratégies : « Presse régionale : qui restera-t-il pour couvrir nos territoires ? »

Le geste mérite qu’on s’y arrête.

Quand une rédaction disparaît, c’est tout cet écosystème qui se fragilise

On aime installer journalistes et communicants de part et d’autre de la table. Les uns chercheraient l’information, les autres chercheraient à la contrôler. Les uns questionneraient, les autres influenceraient.

La réalité professionnelle est évidemment plus complexe.

Une agence de relations presse travaille avec des journalistes. Elle a besoin de rédactions. Elle a besoin de correspondants, de spécialistes, de gens qui connaissent leur territoire, ses élus, ses entreprises, ses associations, ses habitants. Elle a besoin de personnes capables de décrocher leur téléphone, de se déplacer, de poser une question supplémentaire parce qu’un détail leur paraît étrange.

Quand une rédaction disparaît, c’est tout cet écosystème qui se fragilise.

Et ce qui disparaît avec elle ne figure dans aucun tableau Excel.

C’est le conseil municipal suivi depuis dix ans par la même journaliste. C’est l’audience au tribunal correctionnel du mercredi après-midi. C’est l’entreprise de cinquante salariés dont la fermeture passe presque inaperçue. C’est le maire que l’on peut rappeler, l’association que l’on connaît, le quartier dont on comprend les tensions.

C’est aussi la possibilité, pour un territoire, de se regarder lui-même.

Une intelligence artificielle peut produire un texte à partir des informations qu’on lui fournit. Elle peut reformuler, synthétiser, accélérer. Elle ne franchit pas la porte d’une salle d’audience. Elle ne reste pas après une réunion municipale pour parler à quelqu’un dans le couloir. Elle ne connaît pas depuis quinze ans la personne qui vient de prendre la parole.

C’est précisément là que se situe l’enjeu.

Les signataires de la tribune évoquent plus de 1 300 postes supprimés ou menacés dans les médias français depuis janvier, en citant notamment La Tribune, le groupe EBRA ou encore Infopro Digital. Derrière ces chiffres, il y a des métiers, des savoir-faire, des regards et surtout une présence quotidienne dans les territoires.

Au Club de la Presse de Bordeaux, journalistes et communicants se retrouvent autour de la même table. Cette tribune nous rappelle pourquoi cette table est précieuse.

Nous la relayons aujourd’hui avec l’envie d’en faire davantage qu’un simple partage.

François Cassin
Administrateur et responsable communication
Club de la Presse de Bordeaux

Illustration : Didier Debasque pour la pétition du collectif de journalistes pigistes « Les Plumés d’Infopro » du groupe Infopro Digital


Lire la tribune sur Stratégies


Parce que la question posée par ces six dirigeantes dépasse largement leur profession

Journalistes, communicants, éditeurs, acteurs économiques et associatifs : qu’observez-vous sur vos territoires depuis le début de l’année ? Qu’est-ce qui change lorsque les rédactions se réduisent ? Qu’est-ce qui disparaît avec elles ?

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