Petit tour au Québec, à l’heure où se crée l’Association de préfiguration d’un conseil de presse en France Après 15 ans de discussions qu’avait lancées l’Union canadienne des journalistes de langue française – l’ancêtre de l’actuelle Fédération professionnelle des journalistes du Québec – le Conseil de Presse du Québec a vu le jour en 1973, lire la suite

Petit tour au Québec, à l’heure où se crée l’Association de préfiguration d’un conseil de presse en France

Après 15 ans de discussions qu’avait lancées l’Union canadienne des journalistes de langue française – l’ancêtre de l’actuelle Fédération professionnelle des journalistes du Québec – le Conseil de Presse du Québec a vu le jour en 1973, à la faveur du contexte créé par la Révolution Tranquille. L’objectif était de redorer l’image une profession assez maltraitée durant les années de « Grande noirceur » du gouvernement Duplessis (1945-1960) où presse et éducation étaient bâillonnées dans une société très conservatrice. Au début des années 60, dans la période de changement que traversait le Québec, les entreprises de presse jugèrent bon d’appuyer le projet à une époque où s’amorçait par ailleurs l’esquisse des premières concentrations dans le domaine des médias.

Tribunal d’honneur

Constitué sur le modèle du Conseil de Presse britannique aujourd’hui disparu,  il œuvre  pour la liberté de la presse et la défense du droit du public à une information fiable. Il n’est doté d’aucun pouvoir judicaire, son autorité morale étant la seule arme dont il dispose. Le Conseil de Presse du Québec est un organisme privé à but non lucratif dont l’action s’étend à tous les médias d’information distribués ou diffusés au Québec qu’ils appartiennent à la presse écrite ou électronique.

Tripartite, son conseil d’administration comprend 22 membres élus pour deux ans (mandat renouvelable 2 fois) dont 8 viennent du public, 7 des entreprises de presse et 7 des journalistes. Un bureau de direction comprend six membres issus du Conseil d’administration. Le président est issu du collège « public ». Les membres journalistes sont nommés par la FPJQ, les membres des entreprises désignés par les médias*. Les membres du public et le président sont nommés par le Conseil d’administration à la suite d’un appel public à candidature et d’une recommandation d’un comité de sélection. Le budget pour l’année en cours devrait être de 510.000 $ canadiens. En 30 ans de fonctionnement, le Conseil a enregistré quelques 2000 plaintes** dont les deux tiers recevables ont fait l’objet d’une « Décision » publiée par les organes d’information y compris les parties en cause. Le tiers restant a été réglé en partie par médiation ou rejeté car sans fondement.

Quiconque s’estime  victime ou témoin d’une atteinte à la liberté de la presse ou au droit à l’information peut soumettre une plainte au Conseil de Presse. Elle est étudiée par un comité tripartite composé de huit administrateurs issus chacun des trois secteurs du Conseil de presse, fonctionnant en rotation. Toute décision peut être soumise à une commission d’appel.

Déontologie

Sur son site internet, le Conseil de Presse  énonce les droits et devoirs des journalistes puisés au Code de déontologie des journalistes.

Au chapitre des droits : libre accès  à la recherche et à la collecte de l’information y compris gouvernementale avec rappel de la loi provinciale de 1982 et de la loi fédérale de 1983 reconnaissant le principe que l’Etat doit rendre des comptes au citoyen, protection des sources…

Au chapitre des devoirs, on insiste en premier lieu sur les principes de la charte des droits et libertés de la personne fondée sur la lutte contre la discrimination.

La responsabilité des médias en matière de publication est soulignée.

Le CPQ met en garde contre les conflits d’intérêts dans lesquels les journalistes pourraient se trouver du fait de situations qui risqueraient de ternir l’image d’indépendance et de neutralité des professionnels de l’information.

Des concepts qui s’opposent

Les critiques fondamentales qu’on lui adresse  touchent à son mode de fonctionnement : il serait lent à réagir et il n’a pas les moyens financiers de mener des enquêtes très approfondies. Faute d’obtenir un traitement dans des délais jugés raisonnables, les plaignants choisissent alors de se tourner vers les tribunaux ce qui représente un coût élevé pour les entreprises de presse, lesquelles se dotent de leurs propres textes officiels de fonctionnements professionnels.

On lui reproche aussi un certain corporatisme du côté des journalistes et médias et d’une représentation élitiste des membres issus du public. Par ailleurs, on assiste  à une contradiction entre les principes de liberté d’information et de droit du public à l’information. Au droit qui permet à chaque entreprise de presse de publier ce qu’elle juge opportun se heurte le droit du public à l’information de plus en plus interprété comme un droit de publication de telle ou telle opinion.

Financement gouvernemental fluctuant

2009  a été Annus horribilis pour le CPQ qui a connu la démission de son président et d’un vice- président suite à des conflits avec des médias privés réunis au sein du groupe Québécor qui s’est retiré de l’organisme, préférant se soumettre à un organisme fédéral, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision. La crise s’est soldée par l’augmentation du niveau de financement public du CPQ destiné à pallier les pertes financières qui s’en sont suivies. En effet, depuis sa création et jusqu’à la fin des années 2000, le CPQ était financé à hauteur de 60% par les entreprises de presse et à 22,5% par le gouvernement québécois via le Ministère de la Culture et des Communications. Depuis trois ans, les revenus sont assurés pour plus de la moitié par un financement gouvernemental fixe de 250.000$*** destiné à couvrir les frais de fonctionnement auquel s’ajoute une subvention pour des « projets spéciaux ». Elle a été de 150.000$ pendant les trois premières années mais ne sera que de 50.000$  en 2014. C’est ainsi que la manne publique en contribuant à renverser l’équilibre au sein de l’organisme, lui a permis de passer le cap de son quarantième anniversaire.

Claude Ader-Martin

 _____________________________

* l’Association des quotidiens du Québec, Bell Media, Radio-Canada, Télé Québec, Hebdos Québec, TC Media.

** le Québec compte 7,5 millions d’habitants

*** le reste du financement est assuré par un fonds de placement du Conseil de presse et la Fédération professionnelle des Journalistes du Québec

 

 
http://conseildepresse.qc.ca/
 

Claude Ader-Martin

3 responses to “Conseil de presse ? Au Québec 40 ans déjà !

    1. Oui. Notre correspondante au Québec, Claude Ader-Martin, est aussi membre du Club de la Presse de Bordeaux. Nous suivons systématiquement et postons les NL de l’APCP. C’est même le plus gros succès de téléchargement de notre site.
      MC Courtioux

Laisser un commentaire

Logo vins de Bordeaux